JEUNES FRANÇAIS!
C'est
à vous, jeunes Français, que je m'adresse aujourd'hui,
vous qui représentez l'avenir de la France, et à qui j'ai
voué une affection et une sollicitude particulières.
Vous
souffrez dans le présent, vous êtes inquiets pour l'avenir.
Le présent est sombre, en effet mais l'avenir sera clair, si
vous savez vous montrer digne de votre destin.
Vous
payez des fautes qui ne sont pas les vôtres ; c'est une dure loi
qu'il faut comprendre et accepter, au lieu de la subir ou de se révolter
contre elle. Alors l'épreuve devient bienfaisante, elle trempe
les âmes et 1 es corps et prépare les lendemains réparateurs.
L'atmosphère
malsaine dans laquelle ont grandi beaucoup de vos aînés
a détendu leurs énergies, amolli leurs courages et les
a conduits pair les chemins fleuris du plaisir à la pire catastrophe
de notre histoire. Pour vous, engagés dès le jeune âge
dans des sentiers abrupts, vous apprendrez à préférer
aux plaisirs faciles, les joies des difficultés surmontées.
Méditez
ces maximes
Le
plaisir abaisse, la joie élève.
Le
plaisir affaiblit, la joie rend fort.
Cultivez
en vous le sens et l'amour de l'effort c'est une part essentielle de
la dignité de l'homme, et de son efficacité.
L'effort
porte en lui-même sa récompense morale, avant de se traduire
par un profit matériel, qui d'ailleurs arrive toujours tôt
ou tard.
Lorsque
vous aurez à faire choix d'un métier, gardez-vous de la
double tentation du gain immédiat et du minimum de peine.
Visez
de préférence aux métiers de qualité, qui
exigent un long et sérieux apprentissage, ceux-là même
où notre main-d'oeuvre nationale accusait autrefois une supériorité
incontestée.
Lorsque
vous aurez choisi votre carrière, sachez que vous aurez le droit
de prendre place parmi les élites. C'est à elles que revient
le commandement, sur les seuls titres du travail et du mérite.
Dans
cette lutte sévère pour atteindre le rang que vos capacités
vous assignent, réservez toujours une place aux vertus sociales,
et civiques, à l'entr'aide, au désintéressement,
à la générosité.
La
maxime égoïste qui fut trop souvent celle de vos devanciers
: chacun pour soi et personne pour tous, est absurde en elle-même
et désastreuse en ses conséquences.
Comprenez
bien, mes jeunes amis, que cet individualisme dont nous nous vantions
comme d'un privilège est à l'origine des maux dont nous
avons failli périr. Nous voulons reconstruire, et la préface
nécessaire à toute reconstruction, c'est d'éliminer
l'individualisme destructeur, destructeur de la famille dont il brise
ou relâche les liens, destructeur du travail, à l'encontre
duquel il proclame le droit à la paresse, destructeur de la Patrie
dont il ébranle la cohésion quand il n'en dissout pas
l'unité.
Seul
le don de soi donne son sens à la vie individuelle en la rattachant
à quelque chose qui la dépasse, qui l'élargit et
la magnifie. Pour Conquérir tout ce que la vie comporte de bonheur
et de sécurité, chaque Français doit commencer
par S'oublier lui-même.
Qui
est incapable de s'intégrer a un groupe, d'acquérir le
sens vital de l'équipe, ne saurait prétendre à
" servir ", c'est-à-dire à remplir son devoir
d'homme et de citoyen.
Il
n'y a pas de société sans amitié, sans confiance,
sans dévouement.
Je
ne vous demande pas d'abdiquer votre indépendance, rien n'est
plus légitime que la passion que vous en avez. Mais l'indépendance
peut parfaitement s'accommoder de la discipline, tandis que l'individualisme
tourne inévitablement à l'anarchie, qui ne trouve d'autre
correctif que la tyrannie.
Le
plus sûr moyen d'échapper à l'une et à l'autre,
c'est d'acquérir le sens de la communauté, sur le plan
social comme sur le plan national.
Apprenez
donc à travailler en commun, a réfléchir en commun,
à obéir en commun, à prendre vos jeux en commun.
En
un mot, cultivez parmi vous l'esprit d'équipe.
Vous
préparerez ainsi le solide fondement du nouvel ordre Français,
qui vous liera fortement les uns aux autres, et vous permettra d'affronter
allègrement l'oeuvre immense du redressement national.
Mes
chers amis, il y a une concordance symbolique entre la dure saison qui
nous inflige ses privations et ses souffrances, et la douloureuse période
que traverse notre pays, mais au plus fort de l'hiver, nous gardons
intacte notre foi dans le retour du printemps.
Oui,
Jeunes Français, la France, aujourd'hui dépouillée,
un jour prochain reverdira, refleurira.
Puisse
le printemps de votre jeunesse S'épanouir bientôt dans
le printemps de la France ressuscitée.