MES AMIS
!
EN cette journée consacrée à la France, les acclamations
qui montent vers Elle prouvent que vous avez foi en son destin, et que
vous êtes prêts à tous les sacrifices pour assurer
son relèvement.
La tâche
est rude. Je m'en aperçois chaque jour. Huit mois de Gouvernement
m'ont appris à mieux connaître les hommes, à mieux
apprécier l'orientation à donner aux problèmes
qui nous sont posés à toutes les heures de la journée.
Mon oeuvre
et celle de mon Gouvernement ne sont pas toujours exemptes de critiques.
La nombreuse
correspondance qui parvient jusqu'à moi témoigne souvent
d'inquiétudes et de déceptions. On se plaint, en particulier,
des taxations, de l'insuffisance du ravitaillement, de l'épuisement
des stocks. Je n'ai pas besoin de vous dire que ces questions sont l'objet
de toutes nos préoccupations, et que nous comptons beaucoup sur
l'aide américaine pour en faire bénéficier notre
ravitaillement.
On se
plaint des tracasseries de certaines administrations et du peu de courtoisie
des fonctionnaires. Le Gouvernement doit, en cela, prendre sa part de
responsabilités, car les Préfectures et les Mairies sont
submergées sous une foule de prescriptions et de décrets
dont l'application, toujours urgente, ne laisse aucun répit aux
fonctionnaires chargés de les interpréter.
Cette
situation s'améliorera avec le temps et à mesure que les
fonctionnaires acquerront de l'expérience.
Je vous
demande d'être patients. Grenoble ne s'est pas construit en un
jour.
Le redressement
de la France demandera d'autant plus de temps que nous sommes en opposition
d'idées avec un certain nombre de Français, qui n'ont
pas encore compris la nécessité d'un ordre nouveau, et
restent attachés à l'espoir d'un retour à la vie
facile.
Je vous
le dis : ces Français se trompent. La France soumise aujourd'hui
à de grandes difficultés de vie est menacée de
mesures plus sévères encore. Elle ne s'en tirera qu'en
s'astreignant à la discipline la plus rigoureuse.
Le Gouvernement
devra montrer beaucoup d'autorité, sans se soucier des résistances
individuelles ou des coalitions d'intérêts.
J'ai le
devoir de préparer, pour le jour où la France redeviendra
libre, une constitution nouvelle dont les principes sont admis. J'en
construits jour par jour les piliers, ainsi que le statut des provinces.
En attendant
sa promulgation, il faut gouverner.
Cette
volonté de commander et de prendre des initiatives dons le sens
du but que nous poursuivons, je voudrais l'insuffler à tous ceux
qui participent au Gouvernement ou qui détiennent une parcelle
de l'autorité de l'État.
Je vous
quitte, mes amis, avec un grand espoir. J'ai vu les foules de Toulouse,
de Lyon, de Marseille, de Toulon, de Montpellier, de Saint-Étienne
et du Puy.
De vos
rangs je sens monter l'immense ferveur de la terre française.
J'entends
battre tout près de moi le coeur du peuple de Paris, si digne
dans l'acceptation du malheur commun.
J'entends
la rumeur lointaine de la zone interdite, où plus que jamais
l'on travaille, à la mine comme aux champs. Vers elle s'élève
l'hommage de notre ardente affection.
J'entends
vos prisonniers vous supplier de leur préparer, pour le retour,
une France plus belle.
Dans un
immense sursaut, le pays tout entier veut se racheter de ses défaillances,
des abandons de son passé.
A la veille
du printemps, songeons, mes amis, au renouveau de la nature. Travaillons
plus, produisons davantage, pensons mieux. La France est un grand pays
que l'infortune ne saurait abattre. Ensemble et d'un même coeur,
crions notre amour de la Patrie. Vive la France !
