FRANÇAIS
!
LA première
loi du patriotisme est le maintien de l'unité de la Patrie.
Si chacun
prétendait se faire une idée particulière de ce
que commande le devoir patriotique, il n'y aurait plus ni Patrie ni
Nation.
Seules
subsisteraient des factions au service d'ambitions personnelles. La
guerre civile, le morcellement du territoire, des discordes fratricides
seraient la suite naturelle de cette division des esprits.
En vous
rappelant cette loi sacrée de l'unité de la Patrie, ce
devoir de discipline, je ne fais que suivre l'exemple de tous les Chefs
qui ont dirigé la France dans les heures douloureuses.
Sous aucun
régime depuis que la France existe, aucun Gouvernement n'a accepté
que le principe de l'unité nationale fût mise en cause.
Henri IV, Richelieu, la Convention Nationale ont écrasé,
sans faiblesse, les menées qui tendaient à diviser la
Patrie contre elle-même.
Jeanne
d'Arc fut l'héroïne de l'unité nationale.
L'orgueil
de la France, c'est non seulement l'intégrité de son territoire,
c'est aussi la cohésion de son Empire.
Le lien
qui en unit, si étroitement, les éléments les plus
divers ce sont les luttes, les sacrifices des meilleurs de vos fils
qui l'ont créé.
Mais voici
qu'une propagande subtile, insidieuse, inspirée par des Français,
s'acharne à le briser. Un instant suspendus, les
appels à la dissidence reprennent, sur un ton chaque jour plus
arrogant. L'oeuvre de mon Gouvernement est attaquée, déformée,
calomniée.
Je défends
mon Gouvernement.
Il y a
cinq mois, j'envoyais en Afrique le Chef le plus distingué de
notre Armée. A Alger, à Rabat, à Tunis, à
Dakar, le Général Weygand a fièrement montré
ce qu'est et doit être l'unité française.
Il y a
un mois, j'ai convié aux grandes responsabilités du pouvoir
le Chef de notre Marine. Je le sais passionné de l'honneur et
de l'intégrité de la France. L'Amiral Darlan a toute ma
confiance.
L'honneur
nous commande de ne rien entreprendre contre d'anciens alliés.
Mais l'intégrité
du pays exige que soient préservées les sources de notre
ravitaillement vital, que soient sauvegardés les postes essentiels
de notre Empire.
C'est
contre ces nécessités que s'insurgent chaque jour les
propagandistes de la dissidence.
La dissidence
est née en juin 1940 du sursaut des Français d'Outre-Mer
qui les poussait à poursuivre la lutte, du sentiment que la France
ne saurait, sur son propre sol, entreprendre l'oeuvre de redressement
nécessaire.
A cette
première erreur mise à profit par les chefs de la dissidence,
se sont bien vite joints la volonté d'exploiter le désarroi
des Français d'Outre-Mer, l'espoir de dresser le Pays par un
constant appel à l'indiscipline contre l'effort de relèvement
national.
Du sang
français a déjà coulé dans des luttes fratricides.
C'en est assez.
A tous
ceux qui, loin de la Mère Patrie ou dans la brousse équatoriale,
ont résisté courageusement aux appels, aux pressions,
aux menaces, j'adresse l'expression de la reconnaissance nationale.
J'ajoute que la Patrie reste ouverte à toutes les fidélités.
Aux Français
qui s'interrogent et doutent, je demande de mesurer les progrès
que notre Pays a réalisés depuis neuf mois ; entre ces
réalisations et les promesses trompeuses de la dissidence, leur
choix sera vite fait.
Pour un
Français, il n'y a pas d'autre cause à défendre
ni à servir que celle de la France.
Si nous
devons espérer, notre espoir est en nous. Il est en nous seuls.
Il est dans notre attachement à notre sol, dans notre volonté
de vivre, dans la fraternité étroite qui nous tient tous
solidaires et unis.
Il n'y
a pas plusieurs manières d'être fidèles à
la France.
On ne
peut pas servir la France contre l'unité française, contre
l'unité de la Mère-Patrie et de l'Empire.
Mon Gouvernement
est pleinement et absolument d'accord avec moi.
Il n'y
a, aujourd'hui comme hier, qu'une France : c'est celle qui m'a confié
son salut et son espoir.
Servez-la
avec moi de tout votre coeur. Par là et par là seulement,
nous assurerons son destin.
