Me voici.
Si j'ai dû tarder à me rendre votre appel, ma joie n'en
est quelus vive de me trouver aujourd'hui parmi vous. Je suis fier
d'être accueilli par des manifestations à la fois si
touchantes et si confiantes. C'est qu'en ma personne vous saluez la
Patrie cruellement blessée, mais qui déjà manifeste
les signes du retour à la vie.
Ce retour,
vous entendez y contribuer avec toutes les énergies latentes
au coeur de nos populations montagnardes. J'en connais la valeur,
ayant éprouve moi-même, au début de ma carrière,
l'influence vivifiante de la fréquentation des sommets.
Nous sommes descendus très bas, mais nous connaissons la montagne
et la remontée ne nous effraye pas. L'ascension est commencée
et il me semble entendre venir de vos rangs, où se sont formés
tant de guides infatigables, le cri : « Plus haut. »
Il faudrait
que dans tous les ordres du travail, spirituel, intellectuel, technique
et manuel., ce fût là comme une consigne nationale. Ce
cri est celui des élites. Il nous arrive de partout, même
où l'épreuve est la plus dure: des foyers que la mort
a visités et au sein desquels la captivité entretient
les angoisses de l'absence; de nos cités et de nos campagnes
où l'insuffisance des ressources occasionne tant de privations;
des départements dont nous sommes séparés et
qui pourraient ne pas sentir avec quelle sollicitude nous pensons
à eux; des camps de prisonniers où ceux qui ont lutté
avec tant d'héroïsme veulent du plus profond de leur âme
s'unir à nous, voire même nous tracer notre devoir. Là,
sont les meilleurs. Je voudrais justifier leur confiance ainsi que
la vôtre.
Notre
maison nouvelle, où nous avons l'espoir de vivre dans le bonheur
et dans la paix, se reconstruit pierre à pierre. Bientôt,
les fondations en seront établies selon les
principes
arrêtés par la commission de Constitution qui a longuement
siégé à m côtés. Des conseillers
nationaux, choisis po leur savoir et leur expérience, m'ont
souir un texte instituant un régime de ferme aut rité
et prenant en considération les tendances naturelles de nos
populations, ainsi que leu aspirations et leurs besoins. Ils entendent
ne pas se laisser influencer ou séduire par la magie des discours
qui ont retenti autrefois dans les enceintes des assemblé,
politiques.
Ils ont
approfondi les graves problèmes d'organisation de la communauté
national établi la priorité des devoirs sur les droits
et préparé le règne d'une saine justice social,
Leur oeuvre est rationnelle et pleine de pro messes. Le ciment de
l'État nouveau à 1 base se soudera indissolublement
à la terre française.
Une part
essentielle de cette oeuvre, c'est la restauration de la vie locale.
Conformémer aux études et aux propositions d'une deuxième
commission, elle comportera un jeu plus libre et plus souple de nos
institutions dans ce cadre provincial rénové dont la
présentation folklorique qui a eu lieu à Vichy le 31
août, nous a donné
un avant-goût. Il importait que nous puissions faire revivre
les coutumes et les traditions des petites patries de notre incomparable
terroir. Vous y tenez vous-mêmes de façon très
particulière. Ce désir est à votre honneur, il
se réalisera.
L'organisation
de la province est nécessaire pour articuler de façon
rationnelle les rouages d'une machine administrative alourdie, et
pour adapter son fonctionnement à l'économie moderne.
La province de demain devra Être organisée de manière
à pouvoir se suffire à elle-même. Elle sera plus
large et plus aérée que celle d'autrefois afin de produire
toutes les ressources qui seront indispensables à sa population.
Elle devra disposer de puissants moyens de communication et de facilités
répondant aux exigences de son commerce.
Enfin,
une troisième commission a été' réunie
pour mettre sur pied la Charte du Travail que vous attendez avec une
légitime impatience. Le but que je me propose en établissant
cette charte, est de supprimer la lutte des classes.
Chacune
de ces classes poursuivait, avec des vues propres, des intérêts
souvent égoïstes et contradictoires. Elles se regardaient
avec méfiance et dans trop de circonstances manifestaient une
opposition violente les unes contre
les autres... Il semblait que la Frai fût divisée en
deux camps.
D'une
part les patrons, et de l'autre ouvriers et les paysans.
Aujourd'hui
nous voulons instàur l'entente et la concorde. Dans une même
entreprise et dans le groupement de divers entreprises, les patrons
et les ouvriers sero en contact permanent. Ils délibérero
ensemble. Ils seront tous, dans des conditio justes et humaines, les
participants d'u réussite qui leur tiendra également
à coeur La notion du comité social mixte remplace celle
du syndicat partisan et, pas à pas, no nous acheminerons vers
l'établissement d' corporatisme qui, tenant compte des évolutions
du social et de l'économique, rappelle à maints égards
l'étroite solidarité qui existait autrefois parmi les
travailleurs si remarqu blement consciencieux de nos vieilles familles.
Il est
bien entendu que la paysannerie aura, elle aussi, sa charte. J'ai
foi dans,] destinées de notre commune entreprise.
Elle
est inspirée par un amour passionné pour la France à
qui, avec l'aide de Dieu je veux rendre la grandeur d'un passé
dont elle restera digne désormais.
A cette
tâche je consacrerai tous ni efforts, et mon invincible espoir
repose sur ma certitude d'entraîner la France entière
et son magnifique Empire.
Savoyards
et vous tous Français qui M'écoutez, serrez vos rangs
autour de moi, puisque vous m'avez choisi pour chef
Le Gouvernement
actuel est une équipe solide et laborieuse animée de
la seule ambition du bien général. Il tiendra les promesses
que je vous ai faites dans mon message du 12 Août.
Facilitez-lui
sa tâche en taisant les critiques que pourrait vous inspirer
une certaine manie de dénigrement qui a souvent stérilisé
nos efforts.
Le monde
entier vous regarde avec sympathie, malgré la défaite
que nous avons sans doute provoquée par nos fautes, mais qui
a dépassé le juste châtiment de nos erreurs.
Oui,
avec sympathie, car il sait ce que nous valons, ce que représente
notre civilisation, quelles sont les ressources de notre race. Soyons-en
nous-mêmes ardemment convaincus : c'est la condition nécessaire
de notre renaissance.