MES
CHERS AMIS DE LA HAUTE-SAVOIE
Comme
l'ont fait hier vos compatriotes de la Savoie, vous voici réunis
en foule devant moi. Cette union saurait être une rencontre
éphémère autour du Chef de l'État; elle
marque votre ardent volonté de travailler à la rénovation
des valeurs morales et des nobles traditions, dont l'abandon a failli
causer notre perte.
Vous
avez entendu ce que j'ai dit, à Chambéry, pour caractériser
cette rénovation dans l'ordre constitutionnel, au sein de notre
Patrie : nous organiserons la France en provinces, que nous doterons
d'institutions destinées à restaurer la vie locale à
l'intérieur de la communauté nationale ; enfin, nous
promulguerons une charte du travail, qui aura pour effet de maintenir
la concorde parmi les travailleurs.
Ne récriminons
donc pas vainement sur le passé et tournons-nous délibérément
vers l'avenir. Qu'on ne parle plus de décadence ou de déclin
: l'aveu de nos faiblesses d'hier nous rendra la force de travailler
à notre nouveau destin.
Qu'on
ne se fasse pas une montagne des obstacles se dressant devant nous
: ceux de chez vous ne craignent pas de telles difficultés,
dont même ils se font un jeu. Ces obstacles, je me suis habitué,
comme vous, à les regarder en face. Le principal réside
dans le fait que nous avons momentanément perdu cette liberté
pour laquelle, cependant, tant de sang a coulé chez nous au
cours des siècles. La liberté, nous la reconquerrons
par le travail.
Dans
les villes et les campagnes, dans les usines, dans les ateliers et
dans les fermes, dans les facultés et dans les écoles,
vous vous êtes remis à la tâche. Nous- nous efforçons,
le Gouvernement et moi, de vous guider et 'de vous aider. Faites-nous
confiance.
Comme
je l'ai toujours fait au cours d'une longue carrière avec les
personnes dont j'avais la charge, j'entends prendre avec vous d contacts
aussi fréquents que possible., Vol savez combien je suis attentif
à soulager ceux qui souffrent : ouvriers et paysans dans peine
ou le chômage, compatriotes lointains qui ne pouvez entendre
ma voix, parents q avez perdu votre fils ou qui en êtes séparé
familles privées des ressources nécessaires votre subsistance,
je pense à vous sans cess je voudrais vous préserver,
à l'avenir, de tout ce qui vous a divisés autrefois.
Le pays, ne se sauvera que par l'union de tous il Français.
Il m'est
arrivé de vous dire parfois de dur vérités ;
aujourd'hui, je serai moins sévèr parce que j'ai le
sentiment d'un renouveai Il me semble que le nombre de ceux qui ont
compris notre situation s'est accru; vous ne le percevez pas comme
moi, car vous et moins informés des raisons fondamentales mon
espoir. Il vient de vous, cependan sans que Peut-être vous vous
en doutiez; vient de ces bonnes volontés qui se rapprochent
les unes des autres, autour de ma chère Légion, pour
réaliser l'assemblée des citoyens fidèles, sous
ce bel idéal qu'ont cultivé nos anciens combattants;
il vient de ces prisonniers qui ont réfléchi, dans le
silence et l'isolement, et réveillé dans leur coeur
une -foi que le doute avait affaiblie: ils me clament leur inébranlable
volonté de nous aider dans notre rude tâche.
Cet espoir
vient de vous, populations de la Métropole et de l'Empire,
qui me donnez la preuve de votre esprit de sacrifice et qui, sachant
souffrir, prouvez que vous méritez de vivre, et vous vivrez
!