En
ouvrant votre première session, le 8 Juillet dernier, je
vous ai exposé les principes qu'une longue méditation
et l'exercice du pouvoir m'ont conduit à considérer
comme la base indispensable de la structure nouvelle de l'État.
Je
vous ai rappelé que les malheurs de la Patrie sont venus
avant tout d'un individualisme excessif, d'une fausse conception
de la liberté et d'un fléchissement de la conscience
nationale remplaçant trop souvent le respect du devoir par
la revendication des droits. Ne considérant que l'individu,
les institutions lui avaient tout subordonné. La Patrie,
la Nation, la Famille la Religion étaient trop souvent méconnues
et bafouées. La vie sociale était devenue une lutte
ouverte entre des intérêts dressés égoïstement
les uns contre les autres.
Facilement
asservi par les maîtres qu'il avait l'illusion de choisir'
au moyen d'élections ne pouvant ni donner une représentation
exacte du pays, ni dégager des. élites, le Français
n'avait plus qu'une ombre de liberté. Encore payait-il cette
illusion, qui lui était chère, de tous les maux qu'engendrent
le désordre et la démagogie.
Enfin,
incité par les promesses électorales à revendiquer
plus qu'à servir, chacun n'avait que trop pris l'habitude
d'oublier les devoirs, qui sont pourtant la conséquence et
la justification des droits. Peu à peu, la disparition des
disciplines, la méconnaissance de la hiérarchie, l'effondrement
de l'autorité avaient abouti à l'impuissance totale
de l'État.
Je
vous ai indiqué que, tirant la leçon du passé,
la Constitution doit avant tout restaurer, dans tous les domaines,
l'autorité et la hiérarchie.
Elle
doit, d'autre part, réagir contre l'individualisme en s'attachant
à organiser et articuler les éléments sociaux
composant la Nation sous le triple signe de la Famille, du Travail
et de la Patrie. Et c'est par ces éléments sociaux
que devront être dégagées et sélectionnées
à chaque échelon les compétences véritables
appelées à jouer un -rôle essentiel dans la
vie politique du pays.
IR
lui appartient enfin d'exercer un rôle éducatif afin
de déterminer et de hâter la renaissance morale et
spirituelle indispensable au relèvement de la Nation.
je
sais que, déjà, ces principes ont inspiré vos
travaux. J'ai suivi de près vos débats et j'ai étudié
avec grand intérêt les suggestions que vous m'avez
présentées.
L'oeuvre
est si vaste et votre collaboration m'est si précieuse que
je vous demande de vous pencher, une fois de plus, sur les problèmes
essentiels qui me paraissent nécessiter de votre part un
nouvel examen.
Depuis
votre précédente réunion, plusieurs grandes
réformes ont été réalisées par
mon Gouvernement : la charte du travail, le statut des fonctionnaires,
la réforme de l'enseignement. Vous aurez à tenir compte
de ces textes nouveaux ainsi que des études poursuivies par
la première commission du Conseil National sur la création
et l'organisation interne des provinces.
Mais
l'objet de cette nouvelle session est surtout, à mes yeux,
l'étude plus poussée, plus complète, des principes
qui sont à la base même de la Constitution.
Sans
fixer un cadre rigide à vos investigations, je vous demande
de faire porter votre examen notamment sur les dispositions relatives
au respect de la personne humaine, à la vie de la profession
organisée, au fonctionnement des divers conseils, à
la procédure de ratification de la Constitution, au statut
de l'Empire.
Vous
étudierez surtout l'organisation du circuit continu entre
l'autorité de l'État et la confiance du peuple.
C'est,
à mes yeux, le problème capital.
Il
met en jeu l'organisation de la représentation et la vie
des divers groupements au sein desquels devront se former les élites.
Un
peuple, ai-je dit souvent, n'est pas simplement composé d'individus.
Il est essentiellement une hiérarchie de familles, de professions,
de communes.
C'est
donc dans la réalité familiale, professionnelle, comme
aussi dans la réalité communale,
provinciale ou nationale, qu'il convient de rétablir le citoyen.
Ainsi
se dégageront les hiérarchies, les responsabilités,
les compétences.
Il
ne suffira donc plus, je l'ai dit, de compter les voix : il faudra
peser leur valeur.
Ces
problèmes si délicats, je vous- demande de les examiner
en faisant abstraction de vos préférences doctrinales,
pour ne penser qu'aux réalités vivantes en face desquelles
nous devons nous placer.
Il
ne s'agit pas de faire revivre plus ou moins telle ou telle conception
périmée, ni de sacrifier à telles ou telles
erreurs, qui, parce qu'elles sont partagées par un grand
nombre d'individus, n'en deviennent pas pour cela des vérités.
Ce que je désire, c'est assurer une représentation
réelle des forces vives du pays.
Les
Assemblées nationales, régionales, départementales
-ou municipales ne représenteront plus une poussière
inorganique d'individus, mais la Nation elle-même avec ses
cadres traditionnels. Elles seront la représentation aussi
exacte que possible des forces spirituelles, morales et économiques
du pays.
Je
voudrais qu'on y trouvât l'écho et le reflet du cabinet
du penseur, du bureau de l'écrivain, de l'établi de
l'artisan, de l'atelier de l'artiste, de la boutique du commerçant,
de l'usine de l'ouvrier, du champ surtout, où le patient
cultivateur sème le blé,. taille la vigne, récolte
les moissons.
Ainsi
conçues, les assemblées ne seront plus ces arènes
où l'on se battait pour conquérir le pouvoir, où
se nouaient des intrigues et des combinaisons d'intérêts.
Elles seront, dans l'Etat autoritaire et hiérarchique où
chacun se trouve mis à sa place, les conseils éclairés
du chef qui, seul, est responsable et commande,
A cette
oeuvre, si essentielle pour la rénovation de la France, je
vous demande encore de vous attacher, comme je le fais moi-même,
avec toute votre foi.
La
Constitution que nous avons le devoir de tenir prête, ne doit
pas être une construction hâtive, purement juridique
et abstraite.
Elle
aura une âme. Elle aura un esprit. Elle fera reprendre au
pays le sens et le goût de la grandeur.
Aidez-moi,
par vos avis, à édifier, dans la foi patriotique et
dans l'espérance, la maison qui abritera la France rayonnante
de demain.
(Ce
message a été lu par M. Joseph Barthélemy,
Garde des Sceaux, Président de la Commission.)