A cérémonie
qui vient de se dérouler est une éclatante manifestation
d'union nationale affirmée par le sentiment unanime de votre
assemblée. Votre serment vous lie à la personne du Chef
de l'État et à la réalisation de notre redressement.
Je remercie
Monsieur le Ministre de l'Intérieur de m'avoir fait connaître,
par la voix du gouverneur général de l'Algérie,
les sentiments des trois préfets absents, à l'égard
du Gouvernement et de ma personne.
J'adresse
mon plus affectueux salut aux résidents généraux
du Maroc et de Tunisie, qui sont ici présents, ainsi qu'à
tous les gouverneurs de nos colonies lointaines. Il m'est infiniment
agréable d'avoir la certitude que la Métropole et l'Empire
sont entièrement derrière nous et nous apportent leur
fidélité, leur confiance et leur ardeur à 44
servir ".
De notre
redressement, j'entends que vous soyez les principaux artisans. Votre
autorité ne sera plus entravée par des compromissions
ou des sollicitations qui visaient trop souvent à tourner les
lois ou à y apporter des accommodements.
Rappelez-vous
que l'autorité a pour base l'estime et la confiance des administrés.
L'action
de présence est un moyen décisif de gagner cette estime
et cette confiance. J'ai eu l'occasion d'en faire l'expérience
dans plusieurs circonstances difficiles.
A mon
exemple, prenez des contacts intimes avec vos populations des campagnes
et des cités. Vous comprendrez ainsi leurs aspirations et leurs
possibilités.
La paysannerie
française a assuré la pérennité du Pays
à travers les vicissitudes de l'Histoire. Ses traditions ont
permis à la
France,
dans le passé, de surmonter les plus dures épreuves,
et de retrouver dans l'immuable force des campagnes le courage de
vivre et les raisons d'espérer.
Mais
la paysannerie est à la fois garante et dépendante de
l'équilibre social du Pays, et les paysans ne pourraient échapper
seuls aux malheurs qui frapperaient la Patrie si leurs frères
des villes succombaient dans les difficultés du présent.
Notre
grand devoir à tous est de produire plus et de partager mieux.
La leçon d'aujourd'hui est l'intime solidarité des membres
d'un peuple qui ne peuvent que vivre unis ou périr ensemble.
En France
surtout, les campagnes sont unies aux villes par trop de liens familiaux
et sociaux, les générations urbaines sont trop proches
encore des générations rurales, pour ne pas conserver
entre elles d'étroites affinités. Tous, paysans et citadins,
comprennent qu'il est nécessaire d'établir un plan concerté
de production agricole et d'orientation des échanges. Pour
augmenter la production nous tracerons aux paysans certaines règles,
nous leur demanderons d'accepter certaines sujétions. Ils devront
obéir avec toute leur conscience aux règles tracées.
Il y va de leur intérêt même; il s'agit de leur
responsabilité vis-à-vis de la communauté nationale.
La corporation
agricole, lien naturel entre la paysannerie et les administrations,
constitue ainsi un véritable service publie chargé de
nourrir le Pays et de sauver la race française.
En enfreignant
cette discipline, chaque membre de la corporation s'exclurait lui-même
de l'unité nationale. En s'y soumettant, il hâte le retour
des jours meilleurs et il s'associe au plus grand bienfait que puisse
connaître une nation : la paix sociale.
De tous
les fléaux qui menacent un peuple, le plus grand est la lutte
entre classes et la haine entre frères.
J'ai
dit que la solidarité des campagnes et des villes devait assurer
la subsistance des citadins. Je veux dire aussi ce que doit être
l'union entre les ouvriers et les patrons, entre ceux qui détiennent
la force et ceux qui détiennent l'autorité.
Nous
n'avons pas su, dans le passé, éviter ces conflits qui
ne laissent que des ruines et ces revanches qui ne laissent que des
rancunes.
La Charte
du Travail ne doit susciter ni la méfiance des patrons qui
craignent parfois
que leur
autorité soit contestée, ni l'hostilité des ouvriers
qui redoutent que leur voix ne soit pas entendue. Elle est faite pour
aider employeurs et employés à établir un ordre
stable et fécond sur leurs devoirs réciproques.
Dans
ses principes, elle respecte aussi bien la hiérarchie des mérites
et des services que la représentation des intérêts
populaires. Dans son application elle sera, comme toutes les institutions
humaines, ce que les hommes la feront.
Mes idées
sur ces projets sont bien connues. J'ai confiance qu'elles seront
comprises et appliquées. Ma confiance s'appuie sur l'accueil
qu'ont reçu mes communications de Saint-Étienne, de
Commentry, de Montluçon, d'Aubusson.
Peut-être
y a-t-il encore des égoïsmes en embuscade sur les chemins
de la Révolution Nationale.
La première
condition de la paix sociale est l'union des coeurs.
Au milieu
des dangers qui,menacent les peuples, dans la tourmente qui envahit
le monde, les pays qui éviteront la guerre civile garderont
seuls la force d'atteindre des temps plus heureux.
La propagande
qui se développe selon mes
instructions générales et qui, localement, doit être
orientée par vous, est l'objet de maintes critiques.
Il faut
reconnaître qu'il est très difficile de donner satisfaction
à l'opinion publique sur des thèmes qui ne peuvent s'appliquer
à tous les lieux et à toutes les situations. Les populations
ne sont satisfaites que si elles sont informées des événements
auxquels elles portent un intérêt immédiat. Or
la propagande n'a pas seulement pour but de faire plaisir à
ses auditeurs, elle a surtout pour objet de faire accepter les idées
utiles à la Révolution Nationale.
Les idées
exprimées dans mes messages forment une réserve dans
laquelle on trouvera les éléments d'une bonne propagande
en faveur de notre redressement.
Les thèmes
principaux sont :
- unir
tous les Français par le travail;
- abolir
tout ce qui peut les diviser luttes partisanes et opposition des classes;
- écarter
résolument la prééminence des intérêts
particuliers sur les intérêts généraux;
- lutter
contre l'accaparement sous ses formes diverses : accaparement des
consciences, accaparement des biens par les privilégiés.
Pour
assurer le succès de cette propagande, je voudrais pouvoir
généraliser la méthode en usage dans la zone
non occupée avoir auprès de vous des délégués
officiels à la propagande chargés de divulguer cette
doctrine et des propagandistes légionnaire
qui,
selon les traditions de la Légion, doivent travailler en plein
accord avec le Gouvernement et ses représentants qualifiés.
Alors,
vous nous ramènerez les masses encore hésitantes.
Vous
vous attacherez davantage certains fonctionnaires qui attendent la
leçon des faits pour se, libérer de l'emprise du passé.
Vous
aiderez et stimulerez des maires qui sont pleins de bonne volonté,
mais qui, dans le labyrinthe des lois et décrets, comptent
sur vous pour leur faciliter leur tâche.
Une haute
compréhension de votre rôle, les exemples que vous donnerez
personnellement par la dignité de votre vie, la discipline
dont vous ferez preuve vis-à-vis du Gouvernement feront de
vous des administrateurs modèles et les animateurs dont ont
besoin la France souffrante et son Empire.
Votre
ministre vous l'a déclaré : il veut que vous soyez de
véritables chefs spirituels.
Il n'est
pas de meilleure façon de résumer ce que nous attendons
de vous.
C'est
l'âme de la France qui est surtout à revaloriser car
elle s'est trouvée, ces vingt dernières années,
inférieure à son passé.
Nous
lui rendrons sa qualité.
Elle
redeviendra courageuse dans la souffrance réalisatrice dans
la lutte pour; le relèvement national, compréhensive
des nécessités de l'heure et de l'organisation d'un
monde nouveau, généreuse et sans haine dans les rapprochements
que nous imposeront les lendemains d'une époque tragiquement
troublée.
Et ainsi,
messieurs les préfets, en vous conformant à ces conseils,
vous aurez travaillé pour la grandeur de la France et pour
la civilisation.