Depuis
un siècle, la France s'affaiblissait en querelles intérieures
qui aggravaient les conséquences tragiques de la guerre étrangère.
Le pays était partiellement occupé par les Anglais,
qui formaient un parti important. La propagande étrangère
s'attachait à diviser l'opinion, et l'on en venait à
ne plus savoir penser français. La France doutait d'ellemême
et de son chef. On eût dit que tout ressort était brisé
-et que- le pays était devenu incapable de trouver en lui-même
les éléments de son redressement. La majorité
des Français n'attendaient son salut que de l'Angleterre. ,
Ce
tableau rappelle de façon saisissante celui que nous avions
sous les yeux récemment encore. Mêmes faiblesses, mêmes
divisions, mêmes doutes -de soi-même, mêmes vains
espoirs placés sur l'étranger. Devant l'effondrement
du mois de juin 1940, on avait bien senti qu'il eût fallu
faire quelque chose; qu'il eût fallu d'abord, dans un grand
élan de sincérité, reconnaître ses erreurs
passées et entreprendre de se corriger soi-même. On
avait pris conscience de la nécessité de se réformer,
et l'on avait fait un effort. Mais bientôt la leçon
s'estompait dans le passé, et trop de Français, découragés
ou inconscients, étaient tentés de reprendre les routes
faciles qui les avaient déjà menés au désastre.
La
voie que nous propose Jeanne d'Arc est tout autre. Dans la confusion
générale, elle a trouvé le chemin du salut.
Si elle a pu sauver la France tombée si bas,, sans doute
nous suffirait-il d'appliquer les mêmes remèdes pour
guérir encore une fois cette France malade.
Le
premier de ses remèdes a été l'amour.
Elle
suivait avec une passion désolée les nouvelles du
pays qui parvenaient à son village de Lorraine, et elle s'émouvait
profondément de la grande pitié du royaume. S'oubliant
elle-même, elle souffrait de la souffrance des autres et elle
se sentait disposée à sacrifier sa tranquillité,
sa famille, sa vie même pour atténuer cette souffrance.
Par là, elle nous enseigne à lutter contre nos égoïsmes.
L'autre
remède était la foi. Elle croyait en son Dieu, en
son pays et en son roi. Animée de cette foi ardente, libérée
de tous les doutes, elle s'attaqua hardiment à tous les obstacles
qui se dressaient sur sa route. Pourtant., elle ne connaît
pas le succès tout de suite. Trop d'égoïsmes
l'entouraient, trop de lâchetés, trop de scepticismes,
trop d'intrigues. Il fallut lutter durement avant de voir se ranimer
les énergies. Secouer tout un peuple est une lourde tâche.
C'est seulement après de rudes efforts qu'elle eut la joie
de se sentir suivie. On comprenait enfin la nécessité
de se grouper derrière le chef, et d'abandonner les chimères
de l'Étranger. On commençait à concevoir qu'un
peuple ne peut attendre son salut que de lui-même, que pour
cela il doit s'unir, se discipliner, cesser de discuter ses chefs.
Dès que Jeanne eut réussi à faire admettre
autour d'elle cette grande vérité, -ce fut l'élan
irrésistible, la délivrance d'Orléans, le sacre
du roi à Reims. La France était guérie du doute,
elle aussi désormais croyait en Dieu et en son chef. Elle
était sauvée.
Mes
amis, sous l'égide de Jeanne d'Arc dont nous méditons
l'exemple, je vous convie à appliquer les mêmes remèdes.
Pensez davantage aux autres et moins à vous-mêmes.
Fermez
les oreilles aux propagandes étrangères, et groupez-vous
étroitement derrière votre Chef, n'ayant plus dans
vos coeurs que des pensées françaises.
Faites
de cette consigne la règle de votre vie, et bientôt
vous aurez, comme Jeanne d'Arc, la joie de voir la France reprendre
le chemin glorieux de ses destinées éternelles.
(Ce
message a été lu par
les représentants du Chef de l'État à Chambéry
et à Limoges, lors
de la cérémonie d'inauguration d'une statue de Jeanne
d'Arc dans chacune de ces deux villes.)