Français,
À
l'approche
des hivers 41 et 42, j'ai fait appel à votre générosité.
Vous avez répondu magnifiquement.
Un nouvel
hiver commence, les réserves du Secours national s'épuisent.
Peut-être n'avez-vous pas mesuré son immense effort ? Si
vous l'aviez vu à pied d'oeuvre auprès des sinistrés
à chaque bombardement, si vous visitiez ses ouvroirs, ses centres
d'hébergement, ses colonies de vacances qui accueillent des centaines
de milliers d'enfants réfugiés, vous ne douteriez pas
des méthodes employées et des services rendus par cette
oeuvre admirable.
Je vous
demande d'accomplir une fois encore votre beau geste des années
précédentes, et de donner au Secours national le moyen
de continuer sa tâche.
Une nation
n'est pas seulement un groupement d'intérêts matériels.
C'est une communauté où l'entraide est un devoir.
Nous trouvions
naturel autrefois de prendre notre part de la prospérité
générale. Nous n'avons pas le droit aujourd'hui de nous
soustraire à la détresse commune.
Etre Français,
c'est accepter de participer aux souffrances des Français malheureux
comme à leurs espoirs.
Paysans,
vos difficultés s'aggravent chaque saison,* lais il y a des ouvriers
qui ont faim.
Bourgeois,
vous voyez fondre vos ressources. Mais des milliers de réfugiés
n'ont pas retrouvé leur toit et d'autres ont û fuir les
bombardements.
Vieilles
gens, vous êtes attristées par la gêne et la solitude
Songez à ceux qui souffrent hors de leur pays.
Tous, vous
surmonterez mieux vos malheurs en ouvrant otre coeur au malheur des
autres.
Je m'adresse
surtout à ceux qui sont le moins éprouvés. Qu'ils
sachent bien qu'une situation personnelle n'est assurée dans
un pays bouleversé par la misère si l'on ne vient à
son secours
À
celui qui refuse aujourd'hui de donner quelque chose par amour, tout
sera peut-être emporté demain par la haine.
Devant
la menace d'une ruine totale, qui pourrait refuser un sacrifice partiel
?
J'ai maintes
fois demandé, et avec quelle insistance, rétablir entre
vous l'accord des pensées. je n'ai pas toujours '-té entendu.
Acceptez aujourd'hui dans un élan de générosité
la discipline des coeurs. Y a-t-il pour vous une meilleure occasion
le réaliser l'union que celle qui vous est demandée au
nom du Secours national ?
Vous retrouverez
par là le chemin du devoir et vous participerez au relèvement
de la France en sauvant des Français.