Mes chers
amis,
Pour
la quatrième fois, la France célèbre dans l'épreuve
et la tristesse un Noël de guerre.
Les événements
m'obligent à donner à mes voeux l'accent d'une suprême
exhortation.
Ce soir
je m'adresse à vos coeurs de Français.
Entendez
votre chef qui ne veut être dans le grave et solennel silence
de cette veillée qu'un Français qui souffre comme vous,
avec vous.
Noël,
fête de la famille! Dans les camps, plus d'un million des nôtres
ont le coeur meurtri par l'épreuve d'une longue séparation.*
Dans les usines, les travailleurs sentiront plus vivement ce soir le
poids d'un éloignement qui est dû aux exigences de la guerre.
je pense à tous ces foyers où manque la présence
protectrice du père vers lequel sont tournés tant de visages
d'enfants, tant de regards d'épouses et de mères.
Noël,
fête de l'amour! Et des Français revenus aux plus mauvais
jours, se querellent, se haissent, bafouent l'autorité, exercent
des représailles, se livrent au pillage et au sabotage, répandant
ainsi par des attentats inqualifiables une véritable terreur.
Au lieu de chants de Noël, trop de petits enfants
entendront ce soir, comme Jeanne dArc jadis, le récit de meurtres
et de rapines.
Noël,
fête de la Nativité 1 Et la mort plane sur le monde entier.
Et la France subit chaque jour l'épreuve cruelle de nouveaux
crimes et l'immense misère des bombardements sous lesquels nos
villes s'écroulent jetant sur les routes ceux qui ont échappé
au massacre.
Malgré
tant de désastres, je garde ma foi dans l'avenir de la France,
mais je vous supplie, Français, de renoncer aux stériles
discussions, aux vaines rivalités, aux haines mortelles. Dans
le malheur qui nous accable, tendons-nous des mains fraternelles.
Écoutez
un homme qui n'est là que pour vous et qui vous aime comme un
père.
Une fois
de plus, je vous adjure de penser par-dessus tout au péril de
mort que courrait notre pays si sur lui s'abattait la hideuse guerre
civile ou si triomphaient le communisme et sa barbarie païenne
Croyants,
sceptiques ou indifférents, accueillez ce soir cet ultime avertissement.
Mais ne
finissons pas cette nuit de Noël sur de si douloureuses perspectives;
je veux encore affirmer devant vous et avec vous mon espoir.
Nos prisonniers,
nos travailleurs sont loin de nous, ils retrouveront leur foyer.
Nos villes
sont détruites, nous les reconstruirons.
Nos misères
sont immenses, mais la tempête passera et les Français
recommenceront à s'aimer.
Héritiers
d'une vieille civilisation, fiers de notre passé, dédaigneux
des menaces qui voudraient nous rayer du nombre des grandes puissances,
nous pouvons hautement proclamer notre volonté de vivre, notre
foi dans l'avenir et notre espoir que la paix sera rendue un jour aux
hommes de bonne volonté.
