Nancéens,
Tout à
l'heure, entre autres choses, vous m'avez appelé. Eh bien le
Maréchal, le voici.
Ne croyez
pas que ce soit facile de venir jusqu'à vous. J'ai eu bien des
pourparlers avant d'arriver jusqu'ici. Ça a été
assez difficile, mais enfin j'ai réussi à m échapper
et à venir jusqu'à vous.
Mais pourquoi
suis-je venu ici ?
Eh bien,
il y a très longtemps, ça fait très longtemps que
j'avais envie de vous voir.
je suis
allé dans quelques villes importantes, mais mon coeur me disait
que je n'avais pas vu toutes celles qui me tenaient le plus à
coeur.
Et pourquoi
Nancy ?
Eh bien,
sans que vous vous en doutiez peut-être, je suis venu jeune déjà,
visiter Nancy -, J'y ai passé des examens même, à
Nancy. Ainsi, avant d'entrer à Saint-Cyr, je me suis présenté
au jury qui siégeait ici. J'avais dix-neuf ans. D'ailleurs J'ai
été reçu, et c'est un double remerciement que je
dois à Nancy, n'est-ce pas, de m'avoir permis de me réjouir
d'un premier succès. Mon premier succès, c'est à
Nancy que je l'ai obtenu. J'ai pensé que c'était de bon
augure et, toutes les fois que J'en ai eu l'occasion, je suis venu ici.
J'y suis venu avant la guerre, j'y suis venu pendant la guerre, J'y
suis venu après la guerre, et toutes les fois...
- Vous
voyez que tout le monde s'intéresse à vous!
Mais, soyez
tranquilles, tant que le serai là, vous n'aurez pas de mésaventures.
je ne dis pas au-delà qu'ils me l'ont promis, parce que je ne
suis pas rentré en contact avec eux. Soyez sans inquiétude.
je voulais
vous dire aussi que tout n'est pas rose dans mon métier. Vous
le devinez sûrement. je rencontre des contradicteurs et des ennuis,
mais quand le pense à la manière dont les populations
me reçoivent, je reprends complètement confiance. Et alors...
et à la suite de ma visite ici, je deviendrai inébranlable
dans mes devoirs.
Ne me faites
pas dire que j'empêcherai la foudre de tomber sur vous. J'entends
par la foudre, n'est-ce pas, le genre de promenades que font, de temps
en temps, au-dessus de nos têtes, n'est-ce pas, un de ces aviateurs
qui vient de passer chez vous. Mais ce n'est pas celui-là. Celui-là
n'a pas de mauvais desseins: il me semble l'avoir reconnu.
Eh bien...
y en a qui ont de mauvais desseins. N'est-ce pas, vous savez très
bien qu'ils prétendent attaquer la France! Il se déroulerait
donc une grande bataille, entre deux partis opposés, sur le sol
de France. Vous pensez bien que cette pensée,
de l'idée
qu'on pouvait venir se battre sur le sol de France me fait frémir
un peu d'épouvante, parce que là je n'ai pas mon mot à
dire; nous sommes obligés d'accepter que... deux adversaires
se battent sur notre sol.
Vous voyez
dans quel état peut être le pays. Eh bien, je peux vous
dire qu'il ne faut pas vous préoccuper ni vous mêler...
aucun Français ne doit se mêler à ce conflit. Il
faut rester bien tranquille, regarder les gens se battre et ne pas se
mettre dans un parti ou dans un autre parce que vous subiriez des représailles
épouvantables. Par conséquent, il s'agit d'être
sage.