Mes
amis,
Ces journées...
J'ai vécu
aujourd'hui une journée de rêve. je vais vous expliquer
comment et pourquoi.
Nous sommes
partis ce matin de Nancy, vers huit heures du matin. J'avais l'intention
depuis longtemps, de venir chez vous, de venir vous voir, parce que
J'ai contracté, envers votre ville, une dette. Seulement, c'était
très difficile d'arriver jusqu'à vous. Alors on a dû
combiner les voyages en voiture avec le train. Alors nous sommes partis,
d'assez bonne heure, de Nancy, ce matin. Et puis alors, en voiture d'abord,
nous voulions aller à Epinal. Puis voilà que, tout à
coup, des nuées d'avions viennent passer au-dessus de nos têtes.
Alors il a bien fallu s'arrêter, s'abriter au mieux, derrière
des arbres, à l'abri de maisons, de façon à passer
inaperçus. Et c'est comme ça que nous avons laissé
passer des vagues d'avions qui allaient je ne sais où? En tout
cas vers l'Est, et puis nous nous sommes remis en route, direction Épinal.
Je désirais
beaucoup voir Epinal après les attaques dont cette ville avait
été l'objet et, d'ailleurs, quand je suis arrivé
là, j'ai été surpris par le... ce que j'avais sous
les yeux... des décombres, des horreurs de toutes espèces.
Épinal, Épinal complètement rasée. je ne
crois pas que l'on puisse reconstruire Épinal sur le même
emplacement, tellement cette ville a été mutilée.
On sera obligé de faire des projets, des propositions, et puis
nous verrons si nous pouvons les accepter. Et voilà le commencement
de ma matinée, vous voyez qu'elle n'était pas très
gaie.
Cependant,
heureusement, un train nous attendait pour nous amener ici. je désirais
formellement, n'est-ce pas, venir jusqu'ici et nous avions combiné
de faire un voyage qui se terminait à Dijon. D'abord pour voir
la municipalité, pour voir la ville, revoir la ville, revoir
ses habitants et leur dire quel désir j'avais de venir les voir
et de les retrouver.
Vous voyez
comment nous avons été traités au cours de la route.
Bref, nous avons perdu en route trois heures d'attente, au bord de la
route, à l'abri des arbres et des maisons, avant de trouver le
moment favorable pour continuer notre route.
Quelle
épreuve ça a été pour moi de voir cette
ville anéantie pour ainsi dire, la douleur des habitants. J'ai
voulu, j'ai essayé de les réconforter un peu, en leur
faisant des promesses que j'ai d'abord l'intention de tenir: c'est de
les aider à reconstruire leur ville. Mais les conversations que
j'ai eues avec les habitants de cette ville détruite, ces conversations
étaient vraiment déchirantes, de voir des enfants, des
parents dans la désolation complète, sans savoir ce [qu'ils]
deviendraient.
Et enfin
nous avons regagné notre train qui nous attendait un peu plus
loin, et nous sommes arrivés ici par une chaleur que vous concevez
très bien. Nous avons déjeuné dans le train malgré
tous nos ennuis, je dois l'avouer, et puis alors on est venu me réveiller
quand on est arrivé à Dijon. je vous présente quelqu'un
qui était en train de dormir lorsque nous avons accosté
à la gare.