Français,
Au moment
où ce message vous parviendra, je ne serai plus libre. Dans cette
extrémité OÙ je suis réduit, je n'ai rien
à vous révéler qui ne soit la simple confirmation
de tout ce qui jusqu'ici a dicté ma conduite. Pendant plus de
quatre ans, décidé à rester au milieu de vous,
j'ai chaque jour cherché ce qui était le plus propre à
servir les intérêts permanents de la France. Loyalement,
mais sans compromis, je n'ai eu qu'un seul but: vous protéger
du pire. Et tout ce qui a été fait par moi, tout ce que
j'ai accepté, consenti, subi, que ce fût de gré
ou de force, ne l'a été que pour votre sauvegarde. Car
si je ne pouvais plus être votre épée, j'ai voulu
rester votre bouclier.
En certaines
circonstances, mes paroles ou mes actes ont pu vous surprendre. Sachez
enfin qu'ils m'ont alors fait plus de mal que vous n'en avez vous-mêmes
ressenti. J'ai souffert pour vous, avec vous. Mais je n'ai jamais cessé
de m'élever de toutes mes forces contre ce qui vous menaçait.
J'ai écarté
de vous des périls certains, il y en eut, hélas, auxquels
je n'ai pu vous soustraire. Ma conscience m'est témoin que nul,
à quelque camp qu'il appartienne, ne pourra là-dessus
me contredire.
Ce que
nos adversaires veulent aujourd'hui, c'est m'arracher à vous.
je n'ai pas à me justifier à leurs yeux. je n'ai souci
que des Français. Pour vous comme pour moi, il n'y a qu'une France,
celle de nos ancêtres. Aussi, une fois encore, je vous adjure
de vous unir. Il n'est pas difficile de. faire son devoir s'il est parfois
malaisé de le connaître. Le vôtre est simple: vous
grouper autour de ceux qui vous donneront la garantie de vous conduire
sur le chemin de l'honneur et dans les voies de l'ordre.
L'ordre
doit régner, et parce que je le représente légitimement,
je suis et je reste votre chef. Obéissez-moi et obéissez
à ceux qui vous apporteront des paroles de paix sociale, sans
quoi nul ordre ne saurait s'établir, Ceux qui vous tiendront
un langage propre à vous conduire vers la réconciliation
et la rénovation de la France, par le pardon réciproque
des injures et l'amour de tous les nôtres, ceux-là sont
des chefs français. Ils continuent
mon ceuvre et suivent mes disciplines. Soyez à leurs côtés.
Pour moi,
je suis séparé de vous, mais je ne vous quitte pas, et
j'espère tout
de vous et de votre dévouement a la France, dont vous allez,
Dieu aidant, restaurer la grandeur. C'est le moment où le destin
m'éloigne. Je subis la plus grande contrainte qu'il puisse
être donné à un homme de souffrir. C'est avec joie
que je l'accepte, si elle est la condition de notre salut, si devant
l'étranger, fût-il allié, vous savez être
fidèles au vrai patriotisme, à celui qui ne pense qu'aux
seuls intérêts de la France et si mon sacrifice vous fait
retrouver la voie de l'union sacrée pour la renaissance de la
Patrie.