Le maréchal Pétain et les paysans

 


A Pau, le 20 avril 1941, le maréchal Pétain s'adressa ainsi aux paysans français :

« L'immense désastre matériel et moral, qui a bouleversé notre malheureux pays et dont il souffre encore, a atteint la paysannerie.

« Celle ci contribue en ce moment à la tâche la plus urgente et la plus difficile : le ravitaillement des populations.

« Dans l'ordre constructif, le gouvernement veut donner à la paysannerie la place qui lui a été longtemps refusée dans la nation: la corporation paysanne, créée par la loi du 2 décembre 1940, va être progressivement organisée.

« Elle a pour objet de rassembler toutes les forces rurales françaises. Un nouveau statut social de la paysannerie sera établi. Il donnera progressivement aux travailleurs des champs, ouvriers et petits exploitants, des avantages différents dans leur nature, mais comparables en fait à ceux attribués aux travailleurs des villes .

« Des travaux importants sont à réaliser en ce qui concerne l'équipement rural : électrification des campagnes, adductions d'eau, entretien des chemins ruraux. La loi sur l'habitat rural permet de poursuivre l'amélioration des logements et des bâtiments d'exploitation.

« Pour les agriculteurs, les artisans ruraux sont des auxiliaires indispensables. Il est de toute nécessité de reconstituer l'artisanat rural.

« En l'absence de leurs maris, les femmes de prisonniers ont pris dans l'exploitation la place du chef, ajoutant à leur labeur habituel des travaux particulièrement pénibles. Ces femmes ont droit à notre respect et à notre reconnaissance.

« Le travail à la terre exige des qualités de décision ainsi que des dons d'observation et de prévision. Car le labeur du paysan ne trouve pas toujours, comme celui de l'ouvrier, la récompense qu'il mérite et cette récompense n'est jamais immédiate : le citadin peut vivre au jour le jour, le cultivateur doit prévoir, calculer, lutter. Les déceptions n'ont aucune prise sur cet homme, que dominent l'instinct du travail nécessaire et la passion du sol . Quoiqu'il arrive, il fait face, il tient, c'est un chef.

« De ce miracle toujours renouvelé est sortie la France, nation laborieuse, économe, attachée à la liberté. C'est le paysan qui l'a forgé avec son équilibre économique et spirituel. Il faut que le paysan soit hautement honoré, car il constitue avec le soldat les garanties essentielles de l’existence et de la sauvegarde du Pays.

« Paysans, mes amis, je vous fais confiance et je compte sur votre dévouement pour m'aider à relever la France et à la sauver de la famine. »

Pour éviter la famine, la paysannerie française a consenti à des efforts considérables sous l'impulsion du gouvernement, et d'abord, du premier ministre de l'agriculture du Maréchal, Pierre Caziot.

De nombreuses dispositions ont été prises au bénéfice des agriculteurs; l'enseignement agricole a été profondément réorganisé et les cours postscolaires étendus.

Nous citerons maintenant François Georges Dreyfus : « la loi relative à l'organisation corporative de l'agriculture sera naturellement abrogée à la Libération,. mais, remarque Isabel Boussard, le régime corporatif a laissé des traces . Nombre de ses responsables continuèrent à jouer un rôle dans les nouveaux syndicats et plus tard tiendront leur place dans la vie politique . D'autres souligneront que la corporation paysanne fut la première « manifestation d'une démocratie professionnelle » et qu'elle marque la fin d'un pluralisme contraire à l'efficacité. De surcroît le régime foncier et la prévoyance agricole seront maintenus, avant d'être améliorés. Mais ce qui est sans doute encore plus important, est que la politique menée à Vichy par Pierre Caziot marque un tournant dans la politique agricole gouvernementale: on se préoccupe de la formation des jeunes, de l'enseignement et de la recherche agricoles. Pour Isabel Boussard, la structure actuelle même des organismes de défense paysanne a été profondément marquée par le régime de Vichy. » La Révolution nationale « laissa une marque durable dont les effets, dit elle, sont encore visibles aujourd'hui ».

Au sein de la Corporation paysanne avaient été créés le Groupement National des Jeunes Paysans ainsi que le Centre national de la famille rurale.

« Pas de pays sans paysans », c'était la pensée intime du Maréchal, lui même fils et frère d'exploitants agricoles. Le maréchal Pétain avait impliqué les jeunes paysans dans la préparation de leur propre avenir et mis l'accent sur l'importance de la famille rurale.


Henry d'Humières

 

  1. La Mutualité Sociale Agricole, telle qu'elle fonctionne encore aujourd'hui, a été créée en 1943 avec la fusion de mutuelles agricoles reconnues organisations professionnelles en 1940,
  2. Dans une allocution précédente, le Maréchal avait précisé : "Plusieurs mois séparent le labeur de la récolte, pendant les quels il faut vivre d'espérance. Rien n'est certain aux champs, le travail ne suffit pas. Il reste à protéger les fruits de la terre contre les caprices du temps, le gel, l'inondation, la grêle, la sécheresse."
  3. In « Histoire de Vichy », Éditions de Fallois 2004, p 284
  4. In « la politique agrarienne dans le gouvernement de Vichy et la Révolution nationale »; Editions Colin, 1972 et « La Corporation paysanne »; Presses de la FNSP , Paris 1980
  5. Camille Laurens, ancien syndic national, a été ministre de l'Agriculture de la IV° République.
  6. Dans son allocution prononcée en 1936 à l'inauguration du Monuments aux Morts de Capoulet - Junac (Ariège), le maréchal Pétain avait déclaré : « Aux heures les plus sombres, c'est le regard paisible et décidé du paysan qui a soutenu ma confiance »
    On sait que sur les monuments aux Morts, dans l'ensemble de la France, le nombre de ruraux inscrits est considérable.