ANNEXE : Les SCOP, Le Commerce équitable, Les Microcrédits
Les discours officiels prétendent nous rassurer, et affirment tous avec force que l’économie est effectivement au service des hommes. A bien regarder ce qui passe réellement dans le monde, et même simplement autour de soi, on peut en douter ! On constate même , hélas, que généralement c’est l’être humain qui se trouve asservi par un système « économique » centré sur l’argent. A la base de cette contradiction, il y a tout bonnement inversion des facteurs : en économie politique, en effet, comme en mathématiques , tout dépend des hypothèses de base.
Il y a plusieurs systèmes possibles en économie : si l’on se donne comme prioritaire la création de « richesses » (au sens monétaire) on aboutira à un système où l’être humain n’est plus qu’un rouage, parmi d’autres, d’un ensemble centré sur le capital. Dans ce cas l’homme est, tour à tour, producteur (que l’on cherchera le moins cher possible) ou consommateur (que l’on forcera à surconsommer et à s’endetter), mais jamais considéré dans sa dignité d’homme, l’argent étant prioritaire sur lui-même. C’est par ailleurs un système fortement inégalitaire où la concentration du capital se constitue peu à peu au profit d’un petit nombre, et ceci au dépends du plus grand nombre.

Si au contraire on privilégie l’être humain par rapport à la constitution du plus grand capital possible, on aboutira, certes, à des résultats financiers apparents « économiquement » médiocres, mais qui sont la contrepartie obligée d’un meilleur-être des hommes, et d’une meilleure répartition des richesses. Les tenants de l’économie libérale pure et dure, ont beau jeu de taxer « d’utopistes » ceux qui tentent de défendre la dignité humaine, au motif que ces derniers ne rentrent pas dans le cadre sacro-saint des lois de l’économie classique. Nous répondrons à ces détracteurs que les règles de l’économie politique étant, comme pour toute science, strictement limitées par ce qui peut se mesurer, elles ne peuvent prendre en compte que les besoins matériels des hommes, et elles sont donc incapables de répondre aux aspirations fondamentales de l’être humain.

Les lois de l’économie, comme les lois de la physique, posent des contraintes aux hommes : loin de nous l’idée de nier ces contraintes et de vouloir, par exemple consommer ce que l’on n’a pas produit, ou, défiant les lois de la pesanteur, voler comme des oiseaux ! Mais nous croyons que tout en respectant les lois de l’économie, on peut trouver des systèmes dont la finalité reste l’être humain, et non l’argent. C’est une affaire d’imagination, et peut-être aussi, faut-il le dire, d’honnêteté.

Nous citerons trois réalisations concrètes, qui montrent que l’on peut mettre l’économie au service de l’homme sans bouleverser les lois fondamentales des échanges de biens et services : ce sont d’une part les SCOP (Sociétés Coopératives Ouvrières de Production), d’autre part le Commerce Equitable et les « Microcrédits »
Les SCOP : Elles sont en France plus de 1500, qui emploient globalement 32.000 salariés et génèrent. Plus de 2,5 milliards d’Euros de chiffre d’affaires ; c’est dire que cette forme de société est loin d’être un phénomène marginal dans notre économie ,et qui plus est, elles sont en augmentation (la formule est souvent utilisée lorsqu’une entreprise est cédée aux salariés)
L’originalité des SCOP provient de ce que les salariés sont également les actionnaires de l’entreprise : il n’y a plus affrontement entre le « capital » et le « travail », ces deux composantes essentielles de l’entreprise étant portées par les mêmes hommes. Bien plus, la règle de fonctionnement des SCOP exige que dans les délibérations « une personne = une voix » ce qui est très différent des sociétés classiques où le pouvoir décisionnaire est proportionnel au capital détenu. Il peut y avoir des dérogations (salariés non-coopérateurs, actionnaires non-salariés ) mais elles doivent rester des exceptions par rapport à la règle générale du salarié-actionnaire. On conçoit bien qu’au sein des SCOP l’homme est prioritaire sur l’argent, même s’il ne peut s’abstraire des contraintes économiques extérieures.
Le Commerce Equitable : son but est d’assurer au producteurs des pays en voie de développement une juste rémunération de leurs efforts. On est bien loin de l’exploitation éhontée de ces mêmes pays par le grand commerce internationnal ! Le Commerce Equitable se donne également des règles éthiques qui assurent les acheteurs de ses produits d’un refus de certaines pratiques : travail des enfants ; travail forcé des prisonniers politiques, atteintes à l’environnement, …

Chaque maillon de la chaîne, depuis le producteur du pays d’origine jusqu’au distributeur final (commerçant de détail), en passant par l’importateur et les éventuels grossistes (avec le moins possible d’intermédiaires !) s’engage par un contrat à ne prélever qu’une juste fraction de la valeur marchande finale : c’est le refus des marges abusives (300%, 400% et plus !) de certains intermédiaires du commerce classique ; c’est aussi l’assurance pour le premier « maillon » (le producteur) d’un revenu décent en rapport avec ses efforts.

Le Commerce Equitable fonctionne, il n’est pas une utopie, il se développe par la prise de conscience des consommateurs, qui acceptent un léger surcoût des produits, en sachant que le producteur de ceux-ci en bénéficiera .. Signe des temps : on commence à voir, même dans certaines grandes surfaces, des rayons « Commerce Equitable » !
Les « Microcrédits » sont des prêts gagés sur les qualités humaines des entrepreneurs (généralement des femmes artisans, en pays en voie de développement) plutôt que sur des « surfaces financières »

Ce type de crédit fait confiance aux capacités des êtres humains à développer des activités économiques viables, et ne se base plus seulement sur l’existence d’hypothèques ou de cautions, comme dans le système bancaire classique.

Ce renversement de perspective n’est nullement utopique. La communauté internationale (à travers la Suède) en ayant récemment accordé le Prix Nobel de la Paix au bengladais Mohammed Yunus spécialiste des microcrédits, a marqué, par là même, sa reconnaissance des microcrédits et le bien fondé de la banque atypique « Grameen Bank » que dirige Mohammed Yunus.