Les
vingt premières années de la vie du maréchal
Pétain aident à cerner sa psychologie, son comportement
et ses réactions devant les événements glorieux
et tragiques qu'il eut à vivre ultérieurement.
Une
enfance paysanne : Philippe Pétain naît le 24 avril
1856 dans la ferme familiale de Cauchy-à-la-Tour. Ses parents
sont cultivateurs, et le plus ancien document relatif à son
ascendance est un acte notarié du 25 octobre 1697 par lequel
Estienne-François Pétain, lieutenant du bailli, fait
constater par quatre habitants du bourg de Floringhem-en-Artois
les dommages causés par "les pasturages de bestiaux
à un quartier de terre, sis à Cauchy-à-la-Tour.
" Son attachement à la terre, il l'exprimera dans son
appel du 25 juin 1940 : " La terre, elle, ne ment pas ; elle
demeure votre recours ; elle est la patrie elle-même ; un
champ qui tombe en friche, c'est une portion de France qui meurt
; une jachère de nouveau emblavée, c'est une France
qui renaît. " Et dans un message aux paysans adressé
à Pau le 20 avril 1941 : " Le citadin peut vivre au
jour le jour ; le cultivateur doit prévoir, calculer, lutter
; les déceptions n'ont aucune prise sur cet homme que dominent
l'instinct du travail nécessaire et la passion du sol ; quoi
qu'il arrive, il fait face, il tient. C'EST UN CHEF ".
La mère de Philippe meurt en 1858, après avoir mis
au monde un cinquième enfant. Son père, Omer-Venant,
ne tarde pas à se remarier. Evénements considérables
pour un enfant, qui marqueront son goût pour la solitude,
le silence et le secret. Désormais, il est pris en charge
par sa grand-mère paternelle qui lui apprend la lecture et
la prière. Elle lui conte la merveilleuse histoire de son
ancêtre, saint Bénoni, né près de Cauchy
en 1748, mort à Rome en 1783 et canonisé, en 1850,
par Pie IX, en qualité de " pauvre de Dieu ". Il
en porte le prénom, après celui de Philippe. Dès
que l'âge l'autorisera, il se rendra chaque matin à
l'église du village pour servir la messe.
Son
grand-oncle, l'abbé Lefebvre, vit au presbytère de
Bomy. Presque centenaire, il a servi Bonaparte puis l'Empire, et
le récit de ses campagnes forge l'imaginaire d'un enfant
sensible dont l'esprit va être frappé par le désastre
de 1870 et la volonté de revanche qui en surgira. Son destin
est alors fixé : il sera soldat. Mais le coût des études
exige un soutien financier. La Providence va y pourvoir.
Le
châtelain de Bomy, Edouard Moullart de Vilmarest, qui, du
fait d'une blessure reçue au cours de la bataille de Castelfidardo
(18 septembre 1860), était privé de tout espoir de
descendance, avait exprimé l'intention de subvenir aux frais
des études d'un jeune homme sans fortune qui se destinerait
au métier des armes et à la défense de son
pays. C'est ainsi que le curé de la paroisse de Bomy, l'abbé
Legrand, lui avait présenté, comme candidat le plus
doué et le plus méritant, le fils de sa sur
Cécile Pétain, son neveu Philippe. Celui-ci entre,
en 1867, au collège Saint-Bertin situé à Saint-Omer,
à trente kilomètres de Cauchy. Il s'y distingue par
son entrain, ses qualités physiques et ses prix de géométrie,
de version grecque et d'anglais.
C'est
un jeune homme " à la large carrure, au visage ovale,
ouvert et sympathique, couronné de cheveux châtain
clair légèrement ondulés, le regard intelligent
et vif " qui, en 1875, entre au collège des Dominicains
d'Arcueil dans la classe préparatoire à Saint Cyr
où il intègre en 1876. Dans sa promotion figurent,
notamment, Charles de Foucauld, le futur ermite de Tamanrasset et
de l'Asekrem, ainsi que Driant qui épousera la fille du général
Boulanger, s'élèvera contre les " fiches "
du Grand Orient, démissionnera en 1905 et tombera héroïquement
le 22 février 1916, au Bois des Caures, à la tête
de ses chasseurs, le jour même où le général
Pétain arrivait à son PC sur le front de Verdun.
arbre
généalogique