
"
Lorsque je vois passer un groupement vert et gris des Chantiers de
Jeunesse ou une file bleue sombre des Compagnons ou quand j'écoute
dans un centre familial une chorale de petits apprentis exécutant
avec aisance un chant à plusieurs voix, écrit Daniel Rops,
je me demande si cela n'est pas plus important que tout le reste, et
s'ils n'ont pas raison ceux qui disent, avec une insistance parfois
un peu lassante, que là sont les fondations de la France de demain
" .
A partir
de l'été 1940, les mouvements de jeunesse ont pris une
place importante dans la vie nationale. Pour le général
Lafont, chef des Scouts de France, ils sont " les auxiliaires indispensables
de la famille et de l'école ; les jeunes y font l'apprentissage
de la discipline, de l'obéissance et de l'autorité qui
se dévoue ".
De un septième
en 1940, la population des jeunes " encadrés " passe
à un tiers en 1942, ce qui représente pour la zone Sud
environ trois millions de jeunes de 14 à 20 ans.
Grâce
au maréchal Pétain et aux services de la jeunesse de Vichy,
a été respectée la pluralité des mouvements
de jeunesse et ont échoué les efforts d'embrigadement
de la jeunesse. Ces efforts étaient tentés principalement
en zone occupée sous l'égide des politiciens et des journalistes
qui poussaient à l'adoption du modèle que représentait
la jeunesse hitlérienne.
Jusqu'au
bout, le Maréchal parvint à faire appliquer son principe:
" Une jeunesse unie, mais pas de jeunesse unique ".
Nous évoquerons
successivement
- Le scoutisme,
- Les mouvements d'action catholique et de la jeunesse protestante,
- " Jeune France ",
- Les auberges de jeunesse et maisons de la jeunesse,
- Les Compagnons de France,
- Les Equipes nationales.
LE
SCOUTISME
En septembre
1940, sont fédérées au sein du " Scoutisme
français ", présidé par le général
Lafont, les cinq associations existant en 1939 : " Eclaireurs de
France ", non confessionnels, " Eclaireurs Unionistes "
d'inspiration protestante, " Scouts de France ", catholiques
et " Eclaireurs israélites ".
L'effectif
des scouts s'accroît de 1940 à 1944 de 42.000 à
160.000.
Le scoutisme
est une organisation fortement hiérarchisée avec son système
de troupes et de patrouilles, ainsi que l'engagement constitué
par la promesse.
La méthode
d'éducation scoute comporte " le retour à la nature
" avec le camping qui endurcit les muscles, et le " grand
jeu ", qui décharge l'agressivité naturelle des adolescents,
avec également l'attention portée au folklore provincial
qui ancre les jeunes dans le pays de leurs ancêtres, avec "
le feu de camp ", qui soude les équipes lors de la veillée,
" ce palabre franc et libre ", où l'on apprend à
se connaître, à s'estimer,
ainsi
que des jeux d'éducation sensorielle et manuelle qui permettent
de rompre avec le caractère intellectualiste de l'éducation
traditionnelle.
L'idéologie
scoute, à base de patriotisme, de foi religieuse, de respect
de la famille, de corporatisme et d'élitisme correspondait parfaitement
aux valeurs préconisées par le Maréchal.
Dès
l'été de 1940, le mouvement scout devient une véritable
pépinière de chefs pour les mouvements de jeunesse, les
Compagnons de France, les Chantiers de la Jeunesse, ainsi que pour certains
bureaux du Secrétariat général à la Jeunesse.
En zone
Nord, si le scoutisme est interdit en raison de son style jugé
par trop militaire, il n'en disparaît pas pour autant, mais il
se terre. La consigne est pour chaque scout de confectionner chez lui
une hampe et un drapeau, et d'accomplir quotidiennement le geste rituel
du salut aux Couleurs.
Lorsque
le scoutisme parvient à poursuivre l'encadrement des jeunes chômeurs
notamment, c'est sous l'égide d'un organisme nouveau, le "
Comité Sully ", animateur du service civique rural, qu'il
le fait.
L'adhésion
du scoutisme à la Révolution nationale n'a rien de surprenant,
l'un et l'autre se situant sur la même longueur d'onde idéologique.
André
Basdevant, secrétaire général du Scoutisme français,
indique que " les scouts n'ont pas hésité à
s'associer avec le Secrétariat général à
la Jeunesse parce que " le Secteur Jeunesse " est à
Vichy " le plus sain de tous ".
A cela
s'ajoutait la nécessité de sauvegarder les mouvements
éducatifs de l'ingérence allemande en faisant obstacle
à la reconnaissance par l'Etat des mouvements de jeunesse politiques
sans parler de la possibilité donnée aux Scouts de s'opposer
à l'exclusion des Juifs des mouvements de jeunesse, ce qu'ils
obtiennent provisoirement et de faire reconnaître l'incompatibilité
de l'adhésion à la fois au scoutisme et à la milice.
Mais
à partir de 1942, l'idylle entre le scoutisme et le gouvernement
se trouve sérieusement compromise: pétainiste, le mouvement
n'est ni raciste, ni collaborationniste.
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LES
MOUVEMENTS D'ACTION CATHOLIQUE
ET DE LA JEUNESSE PROTESTANTE
Fondée
en 1886 par Albert de Mun, l'Association catholique de la Jeunesse française
(A.C.J.F.) avait décidé, afin de procéder à
" l'apostolat du semblable par le semblable ", de former cinq
fédérations professionnelles spécialisées
: les Jeunesses Ouvrières (J.O.C.) - Agricole (J.A.C.) - Etudiante
(J.E.C.) Maritime (J.M.C.) et Indépendante (J.I.C.), chacune
de ces fédérations ayant tôt fait de créer
des branches féminines, toutes appliquant la même méthode
éducative: " Voir, juger, agir (découvrir le milieu,
juger à la lumière de l'idéal chrétien,
s'engager).
Dès
avant la guerre, l'A.C.J.F. avait dénoncé ouvertement
le nazisme. Repliée à Lyon après l'armistice, car
interdite en zone Nord, elle continue à le faire en publiant
les " Cahiers de notre jeunesse ".
La J.O.C.
groupe au sein de ses fédérations des jeunes travailleurs
de 14 à 25 ans auxquels elle offre divers services: services
de placement pour les jeunes chômeurs, de loisirs, de l'éducation...
Son action sociale se manifeste à l'égard des réfugiés,
des victimes des bombardements et de jeunes prisonniers.
Se préoccupant
du chômage des jeunes, elle crée l'association " Maisons
Nouvelles " qui met en place des centres de formation professionnelle,
organisant ainsi un enseignement technique primaire.
Chaque
année, la J.O.C. met en oeuvre de grandes campagnes éducatives
qui mobilisent plus de 50.000 militants et ont un impact important sur
l'opinion publique. Un exemple en est la campagne pour la sécurité
au travail. En 1941, la J.O.C. comprenait 150.000 adhérents groupés
en 22.000 sections et encadrés par 40.000 militants.
A cette
époque, la J.A.C. regroupait 35.000 militants répartis
dans 3.000 sections et 18 fédérations. Elle collaborait
avec le groupement national des jeunes paysans de la Corporation paysanne
et le Centre national de la Famille Rurale pour l'encadrement et la
formation de la jeunesse rurale aux points de vue moral, social, professionnel
et civique.
Cette
tâche remarquable de formation de jeunes ruraux, poursuivie après
la Libération, permit à la France rurale de disposer,
durant cinquante ans, à la fois sur le terrain (dans les exploitations
et les groupements agricoles et coopératifs), dans les chambres
d'Agriculture et les organisations professionnelles agricoles, à
tous les échelons, des responsables et des techniciens de valeur.
Dès
avant la guerre, la J.E.C. avait proclamé qu'il fallait "
refaire la France " et " lui rendre son âme ".
L'objectif de la J.E.C. est d'apporter au milieu scolaire et étudiant
un assainissement moral, " un épanouissement physique, un
enrichissement culturel en diffusant dans les écoles et les universités
le nom du Christ, sa loi, sa charité ".
La J.E.C.
entend orienter la révolution nationale dans un sens chrétien
et empêcher les nazis, " ces mauvais bergers ", de s'emparer
de la jeunesse française: il s'agit ainsi de libérer la
personne humaine de tout esclavage. La J.E.C., qui était hostile
au S.T.O. (Service du Travail Obligatoire), regroupait 20.000 militants.
Les
cinq mouvements de jeunesse protestante sont groupés au sein
du Conseil Protestant de la Jeunesse (C.P.J.), dont le président
est le pasteur Marc Boegner, et qui devait rassembler 25.000 adhérents.
Le C.P.J.
inculque à ses membres le respect de l'Etat et de son chef et
le désir de travailler de toutes leurs forces à la libération
et au redressement du pays. Mais, en aucun cas, l'obéissance
à un seigneur humain ne peut être préférée
à l'obéissance au seul Seigneur du ciel et de la terre.
Ceci implique concrètement le rejet formel de toutes les idéologies
totalitaires fondamentalement étrangères d'ailleurs à
la tradition française.
La majorité
de ces mouvements, comme leur président, souhaitent une politique
de présence au sein des institutions nouvelles de l'Etat français.
Mais, après la création du S.T.O., nombre d'adhérents
devaient suivre les conseils de leurs pasteurs et rejoindre le maquis.
Parmi
les actions d'entraide sociale conduites par les mouvements du C.P.J.,
il convient de signaler l'importante aide aux personnes déplacées
réalisée par le " Comité Intermouvement ",
la CIMADE.
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" JEUNE
FRANCE "
Ce n'est
pas, à proprement parler, un mouvement de jeunesse, mais un organisme
intervenant en direction des jeunes dans les domaines culturel et artistique.
Les
jeunes sur lesquels compte le Maréchal pour refaire la France
ne doivent pas seulement avoir " un esprit sain dans un corps sain
", mais également se mouvoir à l'aise dans le domaine
artistique. Il est bon aussi de pouvoir les initier aux techniques d'art
populaire mises au point par les hommes d'autrefois et ayant donné
naissance à une culture qui a fait la richesse des régions.
L'association
" Jeune France " naquit, le 20 novembre 1940, à l'initiative
d'un jeune polytechnicien de 22 ans, Pierre Schaeffer, animateur de
Radio-France. Le but de cette association, dont Emmanuel Mounier fait
un peu figure de père spirituel, est de " jeter un pont
entre les éléments artistiques et le goût populaire
". Elle rassemblait des artistes et écrivains qui devaient
se faire un nom après la guerre, notamment avec Jean Vilar, Fernand
Ledoux, Raymond Rouleau, Pierre Fresnay et Pierre Renoir, dans sa section
" théâtre ".
Elle
se proposait de doter chaque région d'un centre culturel, organisant
des tournées théâtrales et musicales, mettant en
place bibliothèques tournantes, musées ambulants et multipliant
expositions et conférences. Elle assurait la partie " Spectacle
" des grands rassemblements de jeunes.
Enfin,
elle donna une formation technique aux jeunes artistes orientés
vers l'art populaire, aux meneurs de jeux, moniteurs et animateurs.
L'association
fut malheureusement dissoute en mars 1942.
Le Secrétariat
général à la Jeunesse apporta aussi son aide aux
" Jeunesses Musicales de France " et aux centres musicaux
ruraux créés par le violoncelliste Jacques Serre dans
certaines communes du Sud-Est de la France.
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AUBERGES DE JEUNESSE
ET
MAISONS DE LA JEUNESSE
Avant
la guerre, le Secrétaire d'Etat Léo Lagrange avait souhaité
que les " Auberges de jeunesse " rapprochent les jeunes ouvriers
des jeunes intellectuels et des jeunes paysans.
Garçons
et filles de 18 à 30 ans, citadins pour la plupart, étudiants,
ouvriers, instituteurs ou employés, trouvent dans les auberges
le moyen d'échapper à l'atmosphère étouffante
des villes. Aussi, conseillé par le fondateur -en 1930- de la
ligne française des auberges de la Jeunesse, Marc Sangnier, le
Secrétariat général à la Jeunesse estima
que les auberges de jeunesse sont en mesure, au même titre que
les mouvements de jeunesse, de participer à la création
d'une jeunesse virile et gaie, apte aux diverses tâches de demain.
115
auberges nouvelles sont créées entre 1940 et 1942, mais
les difficultés de circulation entravent leur fréquentation
et le mouvement devait être dissout le 15 août 1943.
Par
ailleurs, Louis Garonne, directeur de la formation des jeunes au Secrétariat
général à la Jeunesse, imagina de quadriller le
territoire de " maisons de la jeunesse " comportant des moyens
de distraction et d'éducation ; il s'agissait de développer
chez les jeunes le goût des activités artisanales et agricoles
et avec une initiation à l'art dramatique et au chant choral,
pour ressusciter des traditions locales, en inculquant le sens des vertus
nationales.
On dénombra
41 maisons de la jeunesse en 1941 et 189 en septembre 1943. Ces "
maisons " ont, après la Libération, donné
naissance aux " Maisons des Jeunes et de la Culture " mises
en place dans bien des agglomérations.
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LES COMPAGNONS DE FRANCE

A Randan
(Puy-de-Dôme), dès le 4 août 1940, furent créés
les Compagnons de France. Cette association avait pour but le rassemblement
de jeunes Français désireux de participer au relèvement
matériel et moral du pays, en offrant leur concours aux services
d'aide aux réfugiés et aux prisonniers ou en prenant toute
initiative pour associer les jeunes au service de ce pays.
A cet
effet, l'association organisa la formation dans les centres, camps et
colonies de vacances.
Sont
d'abord rassemblés des garçons de 16 à 20 ans encadrés
par des cadres militaires démobilisés, des éducateurs,
des dirigeants de jeunesse repliés en " zone non occupée
".
Dès
le 11 juillet 1940, le maréchal Pétain avait déclaré:
" Nous le savons, la jeunesse moderne a besoin de vivre avec la
jeunesse dans une fraternité qui la prépare au combat
de la vie ".
C'est
d'abord à l'encadrement et à la mise au travail des jeunes
réfugiés disséminés en zone Sud que s'adresse
le mouvement Compagnons ; en moins d'un trimestre sont groupés
dans le cadre de " Compagnons de chantiers " plus de 16.000
réfugiés et ouverts 230 chantiers.
La vie
de chantier est rude: réveil à 6 H 3 0, extinction des
feux à 22 H 00 ; entre les deux: six heures de travail, salut
aux Couleurs main et soir, hébertisme et bains de cerveau le
matin et à la veillée consistant en discussion sur un
mot d'ordre, en causeries et exposés sur des sujets d'intérêt
général.
Les
compagnies sont autonomes et prennent entièrement en charge des
jeunes de plus de 18 ans qu'elles font travailler sur des chantiers
ouverts par elles. Les jeunes sont hébergés dans des baraquements
ou sous la tente, nourris, habillés et touchent un petit pécule.
Les
Compagnons de chantiers se livrent à des travaux de terrassement,
d'adduction d'eau, de forestage et d'agriculture. Ils construisent des
routes, creusent des canaux, créent des stades pour la pratique
de l'éducation physique et du sport. Parallèlement au
travail, on s'efforce de donner aux Compagnons une préformation
professionnelle.
Ils
oeuvrent aussi dans le cadre de l'entraide en participant aux campagnes
du Secours National et en contribuant, par exemple, à la réinstallation
des réfugiés lorrains.
Les
compagnies de Chantiers étant appelés à disparaître
lorsque sera résorbé le chômage des jeunes, le mouvement
développe les " Cités Compagnons ".
Sous
l'impulsion du Maréchal, était redonnée de l'importance
à la vie sociale et aux traditions du terroir. Aussi les "
Cités Compagnons " regroupèrent, dans leurs lieux
de vie, des ouvriers, des paysans, de jeunes cadres, des étudiants,
appartenant à une même communauté naturelle: quartier
de ville, village, entreprise professionnelle, centre universitaire.
Aux
Compagnons est donnée une formation civique, morale, physique
avec la pratique de l'hébertisme et des sports. Leurs chefs leur
font prendre conscience de l'importance de se préparer à
exercer un véritable métier, à fonder une famille,
à se rendre apte à participer à la vie de la cité:
beaucoup de ces Compagnons deviendront plus tard maires ou au moins
conseillers municipaux.
Pour
certains est organisée une orientation professionnelle, une initiation
à un métier ou une préformation.
Le créateur
du mouvement, un jeune inspecteur des finances, Henry Dhavernos, ayant
dû s'éloigner au début de 1941, le Maréchal
nomma à la tête du mouvement un officier, brillant combattant
au Maroc et durant la campagne de 1940, qui avait su rétablir
la confiance des étudiants de Paris après leur manifestation
du 11 novembre, Guillaume de Tournemire, en déclarant aux Compagnons
" qu'ils étaient toujours à l'avant-garde de la Révolution
nationale ".
Sous
son impulsion, le mouvement s'étendit dans toute la zone libre.
Avec ses chefs de provinces, ses chefs de pays, ses chefs de bailliages,
le mouvement a une conception décentralisatrice, mais avant tout,
il pense, comme Saint-Exupéry à la même époque,
que ce qu'il faut d'abord c'est faire ETRE les jeunes de telle sorte
qu'au moment venu, ils soient prêts à agir où il
faut et comme il faut pour la libération du pays.
Au sein
du mouvement est exaltée l'action des héros et des saints
de France. Le chef de Tournemire avait proclamé: " ... La
France c'est pour chaque Français ce métier à aimer,
ce voisin à comprendre et à aider, ce quartier ou ce village
à faire renaître Notre âme est la Révolution
nationale. Elle a un chef, le Maréchal, et une ébauche
de charte, ses messages aux Français... Rien de plus dur sur
l'égoïsme patronal et ses conséquences sociales n'a
jamais été dit en France que ce qu'a déclaré
le Maréchal à Saint-Etienne et Commentry - rien d'aussi
net, d'aussi clair, sur la condition prolétarienne ". Un
théoricien du mouvement, Maignial, écrit: " La réintégration
du prolétariat dans la nation doit être le premier article
du programme et la première réalisation de la Révolution.
Celle-ci requiert des hommes neufs - pour faire une révolution
il faut des militants, mais aussi des penseurs, des poètes, des
soldats ".
Aussi,
dans la formation des cadres, en s'appuyant sur les études d'
" Economie et Humanisme " créé par le père
Joseph Lebret en vue de proposer une économie au service de l'homme
et sur des ouvrages de philosophes et d'économistes, tels que
Emmanuel Mounier, Gustave Thibon, François Perroux, Yves Urvoy,
et il faut souligner le souci d'animation culturelle qu'avait le mouvement
(avec la création de l' " Illustre Théâtre
" et des " Compagnons de la Chanson ").
Par
ailleurs, le l' août 1942, eut lieu le premier camp national des
Compagnes de France - sous la direction de Marie-France Retel, elles
avaient pour objectif une action sociale et ses adjuvants: aide aux
mères de famille, garde des enfants, soutien des personnes âgées.
Tout
en faisant fonctionner dans la clandestinité un réseau
de renseignements " Les Druides " au profit de l'Intelligence
Service, le chef de Tournemire contrôla l'action du Mouvement
Compagnons au bénéfice des jeunes " pour les préparer
physiquement et moralement à être de meilleurs citoyens
". Ainsi qu'il devait le déclarer " étant à
l'avant-garde, nous étions particulièrement exposés
". En effet, ayant saisi l'importance pour le redressement de la
France du " combat Compagnons ", les Allemands exigèrent
la dissolution du mouvement le 21 janvier 1944.
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LES ÉQUIPES
NATIONALES
C'est
au printemps 1942 que furent instituées les " Equipes Nationales
". Cet organisme visait à l'encadrement de jeunes non encadrés
jusque-là, par le volontariat et le bénévolat.
Ils avaient de 15 à 20 ans en principe (scolarisés, étudiants,
apprentis, ouvriers, employés, paysans) et des deux sexes.
La tâche
essentielle de l'équipier national et de ses chefs était
" l'action civique et sociale ", ce qui voulait dire l'aide
aux populations dans la nécessité d'en recevoir, privées
principalement du chef de famille ou des aînés, prisonniers
de guerre, requis du S.T.O., ou déportés en Allemagne.
D'où
le service civique rural (organisé depuis 1942) pendant les moissons
et les vendanges - d'où le monitorat colonies de vacances estivales
; d'où le concours aux jardins ouvriers (institués par
la Troisième République). Enfin de grandes collectes dans
les villes, voire les villages, au profit du Secours National, de la
Croix-Rouge, des prisonniers de guerre et de leurs familles.
Parallèlement
les équipes féminines, rivalisant d'activités,
se consacraient plus particulièrement à l'aide sociale
et sanitaire, aux mères de famille, aux vieillards, aux enfants,
aux infirmes sous toutes les formes les plus utiles et les plus urgentes.
Mais,
la grande tâche d'action civique et sociale, ce fut la participation
à la défense passive, qui sera évoquée plus
longuement ci-après.
La tâche
des Equipes Nationales, à leur fondation, fut rude à entreprendre.
En zone occupée, l'urgence de leur organisation et de leur action
se faisait désirer davantage qu'en zone libre. L'occupant y avait
interdit (mis à part sous l'égide de rares partis politiques
indépendants du gouvernement) tous les mouvements de jeunesse,
et parmi eux, le scoutisme. Aussi les jeunes non encadrés étaient
en zone occupée et, de loin, majoritaires.
La grande
question pour les cadres provinciaux des Equipes Nationales était
de rechercher des jeunes, bénévoles et volontaires, et
d'organiser des structures d'accueil centrées sur le civisme
et l'action sociale.
Mais
des jeunes ayant la passion de servir surent entraîner des camarades
avec eux au lycée, ou au collège, à la faculté,
à l'atelier, au bureau, au centre d'apprentissage, à la
campagne.
Pouvoirs
publics, responsables sociaux et religieux, et surtout représentants
à tous les degrés de l'Education Nationale (et d'établissements
privés) apportèrent leur concours précieux. Ainsi
les inspecteurs d'arrondissement de l'enseignement primaire en particulier
apportèrent leur coopération à ces actions civiques
et sociales. Celles-ci se déroulaient après les heures
de travail intellectuel ou manuel dans le volontariat.
Dans
leurs cercles d'études, les Equipes Nationales n'enseignaient,
en conformité avec les directives du Maréchal, que les
valeurs traditionnelles de notre pays:
- le
patriotisme,
- le respect de la famille et du travail,
- le sens et l'amour de l'effort,
- le goût de l'entraide et de la générosité,
- la joie du travail en équipe et dans la discipline acceptée.
Venons-en maintenant aux années 1943-1944, années terribles
pour les populations civiles françaises (dont beaucoup avaient
déjà connu la tragédie de l'exode de l'été
1940) et qui furent à Paris et dans sa banlieue nord-ouest et
est, sur le littoral de la Manche, de la mer du Nord et de l'Atlantique
dans les grandes villes (mais aussi dans de petits bourgs) soumises
à de fréquents et très meurtriers bombardements
aériens par les forces alliées.
Les
victimes furent bien souvent, en majorité, des femmes de tous
âges et des enfants, beaucoup d'enfants tués dans leurs
écoles, beaucoup de vieillards et d'infirmes tués dans
les hospices et les hôpitaux. On chiffre généralement
à 60.000 morts environ le nombre de ceux qui furent ainsi tués,
dont 30.000 en quelques jours en Normandie, lors du débarquement
du 6 juin 1944 et, bien sûr, il y eut un plus grand nombre de
blessés.
Chacun
de ces bombardements provoquait dans les Equipes Nationales une véritable
mobilisation. Les jeunes volontaires affluaient aux lieux de rendez-vous
prévus, d'où organisés, groupés en équipes,
munis d'une tâche à exécuter, ils partaient courageusement,
souvent entre deux vagues de bombardements, sans attendre parfois la
fin de la précédente, dans les caves inondées lorsqu'ils
pouvaient les atteindre, transportaient les victimes dans les ambulances,
tandis que les morts étaient acheminés vers la morgue.
Là, les équipiers et équipières ensevelissaient
les morts, tentaient d'identifier ceux qui étaient trop mutilés
et recevaient les familles. Fouillant les décombres, ils ne craignaient
pas les dangers des bombes à retardement qui explosaient pour
tuer encore! Ils et elles avaient 16, 17, 18 ans !
Parallèlement,
d'autres équipiers et équipières aidaient les organisations
de secours aux sinistrés en effectuant les recherches des parents
ou des enfants pour les regrouper, le déménagement de
ce qui restait à sauver pour le préserver du pillage,
la distribution de vivres et la conduite dans les centres d'hébergement
improvisés.
Les
équipières, debout et parfois 24 heures sur 24, servaient,
après les avoir souvent cuisinés, repas et collations
aux sinistrés et sauveteurs exténués (comme elles).
Les
Equipes Nationales avaient aussi le souci de l'entraide " intervilles
". Le S.I.P.E.G. (Service Interministériel de Protection
contre les événements de guerre), organisation gouvernementale
d'intervention rapide et efficace, mettait beaucoup à contribution
les Equipes Nationales dont l'expérience lui avait démontré
l'efficacité.
Combien
d'équipiers et d'équipières ont-ils trouvé
la mort au champ d'honneur ? Aucune histoire ne l'a encore écrit.
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